Quand la tristesse rencontre le
« je devrais… »

Accueillir l’écart entre l’idéal et la réalité

Il existe des tristesses qui ne viennent pas d’un décès, ni d’une séparation, ni d’un événement précis. Ce sont des tristesses plus diffuses, plus tenaces. Elles apparaissent quand on regarde sa vie et qu’on se dit :

« À mon âge, je devrais être ailleurs. »

« Je devrais avoir une situation professionnelle stable. »

« Je devrais être installée dans une maison et être en couple. »

« Je devrais être plus épanouie. »

Cette tristesse-là fait mal parce qu’elle naît dans un endroit très intime : l’écart entre l’idéal qu’on porte et la réalité du moment. Et souvent, quand on la touche, le corps parle tout de suite : gorge serrée, pression dans la poitrine, envie de pleurer. Ce n’est pas un caprice. C’est un signal.

1. D’où viennent ces « je devrais » ?

La plupart du temps, ces phrases ne sont pas nées hier. Elles se sont construites :

à partir de modèles familiaux (« à 30 ans on a un vrai travail / un couple / un logement stable »),

à partir du regard social,

à partir de ce qu’on voit des autres (celles et ceux qui semblent toujours en mouvement, engagés, alignés),

et parfois à partir d’un idéal que nous avons créé nous-mêmes… mais à une époque où nous n’avions pas les mêmes ressources.

Le problème, ce n’est pas d’avoir des désirs ou des ambitions. Le problème, c’est quand l’image intérieure de “là où je devrais être” devient plus forte que la réalité de “là où j’en suis”. Alors la réalité est vécue comme une insuffisance permanente.

2. Pourquoi ça fait si mal ?

Parce que le corps, lui, vit l’écart. Il sent : « je veux autre chose » → mais « je n’y suis pas ». Cet écart crée une tension émotionnelle qui se manifeste souvent comme une tristesse au niveau du cœur, de la poitrine

Et comme en plus on se compare (« les autres avancent », « moi ma vie stagne »), la tristesse se mélange à de la honte, du découragement, parfois même au sentiment d’échec.Alors on se dit : « je serai mieux quand j’aurai changé quelque chose de concret ». Un changement de situation peut aider, oui.

Mais si la racine reste : « je ne m’autorise à m’aimer que quand j’aurai atteint mon idéal », la tristesse reviendra à chaque étape.

3. Revenir au présent sans renoncer à ses rêves

Accueillir cette tristesse ne veut pas dire « se résigner ». Ça veut dire : reconnaître le lieu où je suis aujourd’hui.

On peut tenir ensemble deux réalités :

1. Je désire une vie plus épanouissante, plus active, plus choisie.

2. Et en même temps, aujourd’hui, je suis ici. Avec mes moyens du moment, mon histoire, mon rythme.

Ce double mouvement est difficile pour beaucoup de femmes que j’accompagne, parce qu’elles ont peur que si elles accueillent là où elles en sont, elles n’avanceront plus. En réalité, c’est l’inverse : c’est quand le corps se sent accueilli là où il en est qu’il peut se remettre en mouvement.

4. Comment accueillir cette tristesse ?

Voici un chemin en 4 temps que j’utilise souvent en séance :

1. Nommer l’idéal. « Dans ma tête, je devrais avoir… », « je pensais qu’à cet âge… », « je me compare à… ». Tant qu’il reste flou, il appuie fort.

2. Nommer la réalité. « Aujourd’hui, ma vie ressemble à… », « je vis encore chez… », « je n’ai pas encore trouvé le travail qui m’épanouit. » On ne dramatise pas, on décrit.

3. Accueillir l’émotion entre les deux. Souvent c’est la tristesse. Parfois la colère (« pourquoi c’est si compliqué pour moi ? »). On laisse le corps parler et on utilise des outils qui permettent de lâcher.

Exemple de phrase EFT : « Même s’il y a une partie de moi qui croit que je devrais en être plus loin, je choisis d’accueillir ce que je vis aujourd’hui. »

4. Réinstaller le présent. Qu’est-ce qui est déjà là ? Qu’est-ce que j’ai déjà créé, même si c’est petit ? Si c’est difficile, on passe par le corps ou une visualisation ressource.

5. Quand la tristesse ne baisse pas… ce n’est pas un échec

Il arrive que la tristesse se réactive même après le travail. Ce n’est pas que « ça n’a pas marché ». C’est que l’émotion avait besoin d’être vue jusqu’au bout. Certaines tristesses sont vieilles de plusieurs années : elles tiennent à des croyances comme « je ne peux pas assumer seule », « je n’ai pas une situation assez solide pour accéder à ce que je veux », « si je change, je vais échouer ». Ces croyances-là se travaillent très bien avec la logosynthèse ou d’autres approches énergétiques, parfois en plusieurs séances.

L’important est de ne pas refermer trop vite : laisser la personne sentir « oui, ça remue… et je suis en sécurité pour le vivre ».

6. Et après ?

Après l’accueil vient le mouvement. Pas le grand saut, pas la métamorphose en 24h.

Mais un pas choisi : appeler un lieu, demander une information, regarder les possibilités de logement, poser une candidature, créer un cadre professionnel plus aligné, dire non à une demande, poser une limite… Quand l’émotion est un peu apaisée, l’action redevient possible.

C’est ce que je propose dans mon accompagnement : d’abord libérer l’émotion qui bloque (tristesse, comparaison, découragement), puis redonner de la sécurité au corps, puis seulement après regarder les choix concrets.

Pour aller plus loin…

Si tu te reconnais dans ce tiraillement entre « je devrais déjà y être » et « voilà où j’en suis », il n’y a rien d’anormal chez toi.

Tu es simplement en train de sentir très fort l’écart entre ton désir de vie et ta situation actuelle.

Cet écart n’a pas besoin d’être rempli tout de suite. Il a d’abord besoin d’être accueilli.

Si tu as envie de le faire dans un espace sécurisé, c’est exactement ce que j’offre dans mes séances individuelles.

Émilie